L’avenir de notre métropole est étroitement dépendant de la réussite de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Lancé en juillet 2008 par le président de la République, le processus est certes brinquebalant mais il serait injuste d’en accuser opportunément le seul hôte de l’Elysée.
Fernand Braudel a merveilleusement décrit la complexité de cette espace géopolitique aux contours incertains. La seule certitude, en la matière, reste que notre avenir commun se joue entre le nord et le sud de cette mer fermée sur elle-même mais ouverte sur d’intangibles promesses.
Aujourd’hui, la révolte de la rue tunisienne offre un espoir inattendu de mûrissement du projet démocratique de l’UPM. Beaucoup ont cru que cette construction ne se ferait qu’à partir du seul levier économique. La manière dont le président Ben Ali a quitté le pouvoir, est une provocation ultime pour un peuple dont la maturité civique est une ode faite à la liberté. Oui, mille fois oui, la démocratie est le préalable absolu d’une zone de libre échange à la réciprocité irréprochable. L’UPM ne doit pas servir à engraisser des rentes de situation mais à améliorer la vie des populations.
Nous savons désormais que les dictateurs ne sont ni éclairés ni obscurs. Ils sont à combattre, sans autre calcul. Et le discours anxiogène consistant à laisser entendre qu’un surcroît démocratique ouvre la porte aux fondamentalismes religieux n’est qu’une perception à courte vue de l’histoire. Le peuple tunisien, dans ce qu’il vient de démontrer, ne peut lâcher la proie pour l’ombre. La démonstration qu’il vient d’offrir à la face du monde prendrait une tournure tragi-comique s’il troquait aujourd’hui l’autocratie liberticide contre l’obscurantisme religieux.
Sur ce qu’elle vient de montrer, la Tunisie mérite mieux qu’une telle issue.
Nous devons, à notre échelle, faire en sorte que cette révolution ne débouche pas sur un fiasco. De nombreux Tunisiens vivent sur notre sol, dans notre région. Ils ont manifesté de la joie et de l’espoir. Nous devons aider à reconstruire ce pays sur des bases saines. Car tout ce qui est bon pour la Tunisie est bon pour Marseille et son agglomération.
A l’heure où le Front national et son discours de haine se diffusent de nouveau dans les artères d’une société estomaquée par l’impuissance politique, la leçon tunisienne donne à réfléchir sur les valeurs que nous partageons ensemble, dans un espace méditerranéen en fusion, complexe mais si riche d’un avenir dont la fertilisation ne relève pas seulement de la posture incantatoire.
A l’heure où je vous écris, de nombreuses associations et organisations réalisent un travail cousu main de relations internationales pour jeter des ponts entre les deux rives et créer des mobilités enrichissantes. Ces femmes et ces hommes vivent à Marseille ou dans sa périphérie. Ils sont les bâtisseurs d’un autre monde, d’un espace que l’Europe encourage à se structurer et qui nous concerne tous. La folie des hommes, la crétinerie religieuse, le pis-aller terroriste, l’impasse conflictuelle, ne doivent pas nous détourner de l’essentiel : les peuples, dans leur immense majorité, aspirent à la paix. Les Tunisiens nous en ont apporté une preuve émouvante.
J’ai ici une pensée pour Mohamed Bouazizi, un jeune vendeur de fruits et légumes de 26 ans, immolé par le feu à Sidi Bouzid, capitale agricole au cœur de la Tunisie. Il n’est pas mort pour rien. Il est le héros de la révolution tunisienne.Mo